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Notre Père céleste

SUJET: L ART ET LE SACRE

Re: L ART ET LE SACRE il y a 1 semaine, 4 jours #2877

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Bonjour,

Dominikos écrit:
Le LU nous parle beaucoup de Beauté (…) Curieusement, je trouve que cette qualité n’est peut être pas celle qui ressort le plus dans l’art religieux. (…) Il est vrai que l’idée de beauté est associée à la féminité, en tous cas dans nos sociétés. Elle parait donc suspecte car embuée de désir, et donc d’instabilité.

Les déesses jouaient pourtant, on le sait, un rôle de premier plan dans le panthéon antique. Les divinités féminines primordiales au Proche-Orient et autour de la Méditerranée présentent d'ailleurs entre elles de grandes similitudes, que ce soit dans les représentations, les rites, les fonctions ou les appellations. Cela suggère une origine commune, qui pourrait être, selon certains auteurs, en rapport avec le culte d'une « Mère Universelle » répandu mondialement au paléolithique.¹

L'hindouisme, qui vénère de nombreuses femmes célestes, ne voit souvent en elles que les diverses manifestations d'une seule divinité : pour les uns Parvati, la Femme de la montagne, le principe féminin suprême² ; pour les autres Mahâdevî, la Grande Déesse, expression de l'Absolu, « la forme apparente du principe ultime », la génitrice « de la Nature et de l'Âme indivisible qui constituent l'Univers »³. D'ailleurs, si les membres de la Trimurti (Trinité hindoue) sont masculins, ce qui les met en mouvement c'est leur shakti4, mot signifiant « pouvoir », « puissance », « force », mais qui est en fait l'énergie féminine, personnalisée sous la forme des déesses .




Beauté, féminité, divinité…


On remarque par exemple Sarasvatī5, à la fois première fille et épouse du Dieu Créateur, comme l'est d'ailleurs la Maât Egyptienne6, et qui n'est pas sans rappeler la troisième personne de la Déité, engendrée par le Père en tant qu'Esprit Conjoint. Déesse aux aptitudes innombrables, Sarasvatī évoque ainsi encore davantage la Source-Centre Troisième, décrite par le LU comme un membre de la Trinité « provisoirement subordonné en souveraineté, mais par bien des côtés apparemment le plus doué de talents variés dans l’action » (LU 100.1).

Mais l'Inde célèbre beaucoup Dourga7, « l'énergie de l'Absolu impersonnel », vainqueur des démons et libératrice des dieux, déesse de la guerre et de la paix, une des manifestations de la redoutable Kali, le Temps, qui détruit le mal et l'ignorance…



Dourga, l'Inaccessible


Pour les orientaux, hindouistes et bouddhistes, les grands combattant de Dieu sont donc des combattantes. Une fois vaincus, les ennemis restent d'ailleurs entre des mains féminines, puisque c'est Tārā, maîtresse des renaissances et de l'accomplissement spirituel, qui les conduira sur le chemin de la rédemption.

Comme quoi, sur la terre comme au ciel, c'est bien les femmes qui font tout le boulot !


Dominikos écrit:
au mieux c’est une invitation au calme, au respect , au recueillement face au Grand Mystère qui nous est proposé. Sans doute parce que nos monothéismes ont la plus grande réserve face aux représentions trop féminines pas assez strictes envers « l’idéologie ».

La misogynie des religions n'est en fait que le reflet des sociétés où elles sont apparues. Le LU nous rappelle comment s'est produite la dégradation du statut des femmes :

84:2.2 ( 932.8 ) La famille primitive, naissant du lien de sang biologique instinctif entre la mère et l’enfant, était inévitablement un matriarcat, et de nombreuses tribus conservèrent longtemps cet arrangement.

84:2.6 (933.4) Avec la disparition des mœurs des chasseurs, quand l’élevage donna à l’homme le contrôle de la principale source de nourriture, le matriarcat prit rapidement fin.

84:3.2 (934.1) Le peu de courtoisie témoigné aux femmes durant l’ère de l’Ancien Testament est un vrai reflet des mœurs des gardiens de troupeaux. Les patriarches hébreux étaient tous des gardiens de troupeaux, ainsi qu’en témoigne l’adage : « Le Seigneur est mon berger. »

Ces religions de gardiens de troupeaux ont donc finit par supplanter les anciens rites d'Europe et du Moyen-Orient. Mais le christianisme n'a pas totalement aboli la figure féminine dans la religion. L'évangélisation, en effet, n'a pu se faire qu'au prix de sérieuses concessions aux traditions païennes. Ainsi la vénération pour les divinités maternelles, notamment la version hellénisée d'Isis, célébrée dans tout l'Empire Romain et souvent représentée allaitant un enfant, s'est-elle en fait maintenue, la déesse étant simplement remplacée par Marie. C'est l'origine du statut divin conféré à la mère de Jésus, peu conforme à l'enseignement des évangiles, mais finalement fidèle à une certaine réalité céleste.8




Dominikos écrit:
L’art sacré n’est-il pas une forme d’art thérapie pour l’adulte qui vient y rechercher la paix, l’apaisement de ces blessures, le renouvellement de son espoir meurtri ?

Rien que de voir des belles déesses comme ça, c'est sûr, on se sent ragaillardi…


Sources :

1. Mère des dieux - Déesse mère - Imago Mundi
2. L'expression « Femme de la montagne » prend tout son sens lorsque l'on sait que, dans toutes les cultures, la montagne est un symbole représentant le centre du monde, l'origine de la réalité. Voir par ex. Brigitte Bourdon, « le symbolisme de la montagne ».
3. Devi - Ancien History Encyclopedia
4. Safa Saliéti, « La Shakti dans l'hindouisme », Potomitan
5. Sarasvati, divinité hindoue - Universalis.fr
6. La déesse Maât, la maât - Osirisnet
7. Dourgâ - Academic.com
8. Vincent Tam Tinh Tran, Yvette Labrecque, « Isis Lactans: Corpus des Monuments Gréco-Romains D'Isis Allaitant Harpocrate »
Dernière édition: il y a 5 jours, 23 heures par Le Coeur. Raison: interlignes

Re: L ART ET LE SACRE il y a 1 semaine, 2 jours #2879

  • Dominikos
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Bonjour,

Merci Le Cœur pour ce bel hommage à l’importance de la femme dans nos mythologies religieuses.


Et si nous abordions a présent le sujet sous l’angle de :

La croyance et la Foi

(Ou plutôt les croyances et la Foi.)

Les églises, temples, mosquées, synagogue ou autres lieux dédiés à la dimension sacrée des peuples semblent répondrent à 2 demandes,

- Rendre hommage à une source, personnelle ou non, éternelle et mystérieuse, à laquelle nous ouvre la Foi.

- Et rendre visible les croyances des peuples en illustrant, personnalisant ces lieux, par des représentations figuratives ou non, tirées de textes sacrés car reconnus comme « révélations » , tout ce dont notre cadre mental a besoin pour donner une cohérence, un sens historique à cette Foi. Et rassurer ainsi la partie  « rationnelle » de notre mental.

Intérieur d’une Eglise orghodoxe


On voit bien ici que si la Foi peut unir, car en définitif elle ne nous appartient pas, alors les croyances divisent car ne sont basées que sur des référentiels intellectuels, culturels fermés .

Les peuples se battent souvent car ils mélangent Foi et croyances.

Nous finissons par parler de « Foi dans un livre », et de « croyance en la divinité ».

Pourtant quelle meilleure porte d’accès pour comprendre son prochain que de s’intéresser à ses croyances ?

Et ouvrir ainsi notre référentiel fermé.

Salle des prières, mosquée de Cordoue


Intérieur d un temple bouddhiste cambodgien


Et L’ambiguïté de nos langues respectives ne nous aident pas toujours à éclairer notre confusion mentale.

Ici, ne nous parle-t-on pas de la Foi ? :
I
"Jésus ne demande pas à ses disciples de croire en lui, mais plutôt de croire avec lui, de croire à la réalité de l’amour de Dieu et d’accepter en toute confiance l’assurance de leur filiation avec le Père céleste. Le Maitre désire que tous ses fidèles partagent pleinement sa foi transcendante. De la manière la plus touchante, Jésus mit ses partisans au défi non seulement de croire ce qu’il croyait, mais aussi de croire comme il croyait. Telle est la pleine signification de son unique exigence suprême : “ Suis-moi. ”"
196.0.13


Enfin ce passage éclairant , non?

99:5.7 Tout aussi certainement que les hommes partagent leurs croyances religieuses, ils créent une sorte de groupe religieux, lequel crée finalement des buts communs. Un jour, les religionistes se réuniront et se mettront à coopérer réellement sur la base de l’unité des idéaux et des buts, plutôt que de tenter d’y parvenir en se basant sur des opinions psychologiques et des croyances théologiques. Ce sont les buts plutôt que les crédos qui devraient unir les religionistes. Puisque la vraie religion est une affaire d’expérience spirituelle personnelle, il est inévitable qu’individuellement, chaque religioniste ait sa propre interprétation personnelle de la manière de réaliser cette expérience spirituelle. Le mot « foi » devrait représenter la relation de l’individu avec Dieu, plutôt qu’une formule de crédo sur laquelle un groupe de mortels est parvenu à s’accorder en tant qu’attitude religieuse commune. « Avez-vous la foi ? Alors, ayez-la pour vous-même. »
Dernière édition: il y a 1 semaine, 1 jour par Dominikos.

Re: L ART ET LE SACRE il y a 6 jours, 22 heures #2888

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Dominikos écrit:
Jésus ne demande pas à ses disciples de croire en lui, mais plutôt de croire avec lui 196.0.13

Il est frappant de constater que Jésus, qui se référait sans cesse à un livre saint, ne l'a jamais utilisé, lui, pour se parer d'un titre glorieux. Pas même celui de Michaël (encore moins, d'ailleurs, du qualificatif de divin). C'est ainsi que l'on reconnaît les grands : à leur humilité.

La véritable autorité ne s'auto-proclame pas. Pas plus que l'ostentation ou l'apparat ne signale la vraie foi.

Pour autant, ceux qui sont privé de celle-ci et doivent compenser par les croyances, ne doivent pas être abandonnés. La religion n'est pas faite pour le juste et le sage, mais pour le pécheur. Alors s'il faut à ce dernier le soutien d'artifices, de belles histoires, de fausses reliques, et se vouer à la quête de preuves illusoires, ou à des messagers hasardeux… Qu'il en soit ainsi, car rien de tout cela n'échappe à la vigilance du ciel, et n'est pire que de laisser l'homme confronté à son vide intérieur.

Ainsi le spectacle des religions n'est-il pas vain. Ne serait-ce que parce qu'il nous fait lever les yeux, et nous confronte à la beauté, ce don de Dieu dont chacun peut nourrir son âme.



Lieux de culte orthodoxes en Roumanie


Parmi les arts visuels on compte ainsi les arts décoratifs, essentiels aux rituels et aux célébrations, particulièrement d'actualité en cette période de fêtes.

Noël n'a rien de très chrétien, mais ces cérémonies du solstice ont toujours été religieuses, car pour que les bienfaits de la Terre revinssent, que les jours crûssent à nouveau, que la lumière triomphât dans le ciel, il fallait bien que les dieux le voulussent. Et donc que les hommes les priassent. Le mot « dieu » vient d'ailleurs d'une racine signifiant « lumière du jour »¹.

L'association avec des végétaux à feuillage persistant est symboliquement facile à saisir (l’épicéa étant en outre l'arbre de l'enfantement chez les Celtes). Tout comme la signification des boules, qui remplaceraient les fruits. Mais c'est oublier que la sphère est symbole de perfection, et du mouvement vital (sphère céleste, cycles de l'eau) autant que de divertissement (balle, bille). Si on y ajoute la lumière, émise, réfléchie ou par transparence, on atteint des sommets d’évocation.

Il ne manque qu'une légère touche aérienne… Alors puisque la photo est un art, la nature un temple, et l'esprit d'enfance un idéal, voici… quelques bulles de Noël :






1. Cette parenté jour/dieu se manifeste par exemple entre dies et deus en latin, deiz et doue en breton, dydd et duwen en gallois, diva et dēvah en sanskri… (sources : Jean-claude Rolland, « les grandes familles de mots » et Wiktionary, Reconstruction:Proto-Indo-European).
Dernière édition: il y a 5 jours, 23 heures par Le Coeur. Raison: quote
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